De quelles façons l’agriculture peut elle contribuer à la préservation de l’environnement ?
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22 avril au 9 mai 2008
Ibrahima COULIBALY est président de la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali (CNOP)
C'est en tirant les leçons du passé que l’on trouvera les réponses à cette question. Ainsi, il s’avère que c’est le développement des cultures intensives destinées à l’exportation, comme par exemple le coton au Mali, qui sont à l’origine des déforestations massives. Et non pas les cultures vivrières.
Avant la période d’ajustement structurel des années 1980, les politiques agricoles nationales avaient permis à de nombreux pays subsahariens d’être autosuffisants. Encore aujourd’hui, en année de bonne pluviométrie, le Mali parvient à dégager jusqu’à un million de tonnes de céréales d’excèdent. Et cela, sans intensification.
Autre phénomène inhérent au coton, la pression foncière. Dans les zones qui ne produisent que des céréales, ce phénomène n’est pas très accusé.
Aussi, ce n’est pas l’intensification de l’agriculture qu’il faut promouvoir mais une reconversion des terres au profit des productions agricoles vivrières. C’est à cette condition que les pays subsahariens retrouveront une plus grande sécurité alimentaire.
Les campagnes ne sont pas touchées par l’inflation actuelle des prix à la consommation et par les émeutes qu’elle génère. Les paysans pourvoient à leurs besoins en se reposant sur leurs productions locales. En revanche, les programmes d’ajustements structurels ont fait de nos pays des importateurs des grandes quantités de nourritures, aujourd’hui très onéreuses, pour satisfaire les besoins croissants d’une population urbaine qui s’est détournée des produits locaux pourtant bien meilleurs marché.
Au Mali, les paysans dressent un bilan écologique et économique sévère de la monoculture du coton. Bien que souvent analphabètes et avec pour seule formation celle de leurs pratiques, ils ont constaté que c’est dans les régions où cette monoculture est pratiquée que le potentiel de production des terres diminue et que l’avenir de l’agriculture est menacé. Cette prise de conscience les pousse maintenant à donner plus de place à l’agriculture vivrière surtout depuis que le prix du coton ne paye plus les producteurs.
Le retour à des systèmes intégrés qui associent l’élevage et la culture assurera à la fois la préservation de la ressource naturelle et une plus grande sécurité alimentaire pour le pays. Les engrais organiques sont le meilleur rempart contre l’érosion des sols qui affecte considérablement les champs où le coton est produit.
Basés sur l’exploitation intensive du vivant et du potentiel de production naturel des sols et de la nature, ces systèmes rendent les paysans moins dépendants des intrants et des pesticides.
Peu endettés et par conséquent libérés de tout engagement financier, les paysans redeviennent leur propre maître sur des systèmes durables.
Le principal intérêt commun entre les agriculteurs du Nord et du Sud sur cette question est le « cordon de la bourse ». L’agriculture durable reposera certes sur des dynamiques différentes mais elles seront néanmoins convergentes autour des questions de revenus. Seuls des prix rémunérateurs et des charges peu élevées contribueront à assurer la pérennité des exploitations et à consolider leurs assises financières.
L’agriculture durable est la seule stratégie payante. C’est par exemple la production biologique au Nord, le retour à des systèmes de production fermés au Sud (production de fumier grâce à l’élevage), peu dépendants d’intrants et peu exigeants en financements extérieurs. C’est à cette condition que les paysans du Sud, faiblement endettés et soumis à aucune saisie sur leurs équipements ou récoltes pour payer les intrants pris à crédit, s’en sortiront le mieux.
Imprimer l'interview de Ibrahima COULIBALY (pdf, 112ko)
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