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« ... vers des agricultures diverses et durables, moteur du développement »
Conférence du 3 juillet 2008 – Parlement de Bruxelles

agriculture familialeLes agricultures familiales peuvent elles offrir un emploi aux jeunes actifs ruraux ?

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22 avril au 9 mai 2008

Interview de Henri ROUILLE D'ORFEUIL

Henri ROUILLE D'ORFEUIL est président de Coordination Sud, portail des ONG françaises de solidarité internationale.

En tirant les leçons du passé, l’augmentation de la productivité en agriculture est elle incompatible avec le maintien d’un réseau dense d’exploitations familiales qui contribuerait par leurs activités à stabiliser l’emploi des jeunes actifs en zone rurale ?

Tout dépend de quelle productivité on parle et du contexte dans lequel l’exploitation se situe. Outre la productivité du travail, il faut prendre en compte celle du capital et du foncier par exemple. La productivité s’apprécie aussi en terme de qualité du produit livré et d’impact sur l’environnement (émission de CO2, pollution des eaux …). Cette approche multidisciplinaire revêt d’autant plus d’importance que les facteurs de production retenus pour déterminer le niveau de productivité en agriculture sont rares.

En agriculture, il n’y a pas de contraintes d’échelle comme dans le secteur de la construction aéronautique, par exemple. Toutes les exploitations, quelles que soient leur dimension et leur orientation sont en mesure de produire. Les politiques agricoles à conduire privilégieront les petites, les moyennes ou les grandes exploitations, selon la rareté des facteurs de production et les priorités sociales fixées.

Or dans les pays où il y a 60% et plus de paysans(c’est à dire grosso modo, en Afrique sub-saharienne et en Asie), les hémorragies paysannes, que l’on identifie souvent comme des progrès de l’urbanisation, n’apportent souvent que des drames. Surtout si dans le même temps les capacités d’insertion et les autres secteurs non agricoles de l’économie ne se développent pas suffisamment. Dans de nombreux contextes de sous-emploi et de chômage de masse, l’exclusion de travailleurs sont pour la collectivité des facteurs de déstabilisation.

A quelles conditions une activité agricole exigeante en main d’œuvre est-elle compatible avec l’amélioration des conditions de vie et de revenus des jeunes actifs ruraux et de leur famille?

Régulation des marchés et des prix agricoles, maîtrise de l’offre, solvabilité des consommateurs pauvres.. sont certaines conditions parmi d’autres à remplir pour qu’une agriculture exigeante en main d’œuvre contribue à l’amélioration des conditions de vie et des revenus des paysans, des plus jeunes en particuliers.

Or 850 millions de consommateurs ont faim chaque jour. Et leur nombre augmente en flèche d’où les émeutes dans de nombreuses villes du Sud du Monde. Mais qui doit prendre alors en charge leur nourriture ? La solidarité locale, nationale, internationale ?

Une réponse est sûre : pas les paysans. Ils faut qu’ils puissent se rémunérer décemment sur la vente de leurs produits. Produire gratuitement la nourriture nécessaire pour les 850 millions d’affamés est exclu.

En fait la question posée par la pauvreté de masse n’est pas, à moyen terme, celle de la gratuité des biens de première nécessité, mais celle de l’insertion des exclus dans l’économie et de la progression de leurs revenus. Ce qui contribuera à améliorer, par ricochet, le revenu des paysans.

La pluriactivité n’offrirait elle pas un cadre pour maintenir un tissu rural dynamique et attractif pour permettre à des actifs ruraux d’élaborer des projets de vie ?

La pluriactivité est une réponse au maintien d’un tissu rural dynamique. C’est un moyen pour un paysan insuffisamment occupé sur son exploitation de compléter ses revenus grâce à des activités qui prolongent celle de producteur agricole ou qui se juxtaposent.

Mais dans certains pays d’Amérique du Sud, la pluriactivité traduit la concentration des moyens de production agricole qui pousse le petit paysan à exercer une autre activité. Ailleurs, elle peut aussi être la conséquence d’une pénurie de travail dans d’autres secteurs d’activité.

Imprimer l'interview de Henri ROUILLE D'ORFEUIL (pdf, 112ko)

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