Les agricultures familiales peuvent elles offrir un emploi aux jeunes actifs ruraux ?
Résumé
L’agriculture familiale n’est pas un système de production désuet. Exigeante en main d’œuvre, elle est, selon la majorité des contributeurs, le seul modèle capable de faire face à l’essor démographique et à la croissance de la population active. Souvent basée sur la pluriactivité, elle offrirait des opportunités aux jeunes actifs pour se construire un avenir en zone rurale. C’est au sein des «écorégions », définies par René MOONENS, que l’agriculture familiale durable aurait toute sa place pour nourrir la population sans compromettre les ressources naturelles. L’emploi rural serait préservé car la production agricole serait transformée localement dans des « micro-entreprises » et commercialisée en circuit court.
Un consensus pour l'agriculture familiale au Sud comme au Nord ?
Cette semaine, les intervenants dressent un bilan critique des conséquences socio-économiques sur l'agriculture familiale de la modernisation de l’agriculture, dans les pays développés. « Prisonniers de la spirale de l’accroissement de productivité par la modernisation de leurs équipements, bon nombre de petits agriculteurs européens ont été contraints de cesser leurs activités, car surendettés », analyse René MOONENS. Conséquence : une réduction massive de l’agriculture familiale et de la main d’œuvre agricole en général. A l’avenir, « l’agriculture familiale aura encore du mal à survivre dans les pays de l'Union européenne si aucune politique de développement rural n'est encouragée », déplore Nelly JAZRA -BANDARRA.
D’autres intervenants maintiennent que dans les pays en transition démographique et économique, les agricultures familiales sont une nécessité pour fournir des emplois et des revenus à des millions de personnes. S'appuyant la plupart du temps sur la pluriactivité, «elles sont la seule alternative à l’exode rural synonyme souvent d’exclusion et, d’accroissement de la pauvreté et des inégalités », tiennent à préciser Arlène ALPHA et Christian CASTELLANET. Les agricultures familiales ont prouvé par le passé leur capacité d’adaptation à l’évolution de la société et des modes de production. Mais les propos de Zvi GALOR jettent un autre regard sur l’exode rural. Il découle de la modernisation de l’agriculture et du développement économique. Selon lui, lutter contre l’exode rural reviendrait à faire le choix de maintenir une partie de la population dans un état de pauvreté.
Pour un modèle de société basé sur l’agriculture familiale
Les menaces que représentent le réchauffement planétaire, la pollution ou encore l’épuisement des ressources naturelles pourrait donner un nouvel essor à l’agriculture familiale sur tous les continents. René MOONENS part de ce constat pour présenter dans sa contribution un véritable projet de société. Il reprend le concept d‘éco-région d’Emmanuel BAILLY pour évoquer un modèle de développement rural dans lequel l’agriculture familiale aurait toute sa place. Des régions planétaires circonscrites s’appuieraient sur une agriculture paysanne durable ou biologique. L’emploi rural y serait préservé car la production agricole serait transformée localement dans des « micro-entreprises ». Celles-ci produiraient des aliments de qualité auxquels aspirent les consommateurs. C’est le développement de ces micro-entreprises, exigeantes en main d’œuvre qui « conduira à une amélioration des conditions de vie et de revenus des jeunes actifs ruraux et de leur famille », explique René MOONENS.
Des conditions nécessaires pour assurer le succès de l’agriculture familiale
Les contributeurs ont défini des conditions à respecter pour que l’agriculture familiale remplisse les objectifs de développement qui lui sont assignés.Le modèle d’éco-région requiert un certain niveau de performance, c’est à dire un certain niveau de productivité, pour être pérenne. Mais selon René MOONENS, «l’augmentation de la productivité en agriculture n’est pas intrinsèquement incompatible avec le maintien, voire même, avec l’accroissement, de réseaux denses d’exploitations familiales qui contribueraient à stabiliser l’emploi des jeunes actifs en zone rurale ». Toutefois, Christophe M NYAKU précise que les agricultures familiales n'offriront un emploi aux jeunes actifs ruraux que si ces derniers bénéficient d’un enseignement agricole et si les conditions sont réunies pour leur « rendre accessible les machines et les autres accessoires pour une production massive ». Des services publics et des infrastructures de qualité sont aussi essentiels pour rendre la vie en zone rurale attractive et retenir les jeunes actifs ruraux.
Les questions en suspens
L’avenir des jeunes ruraux ne passera-t-il que par l’agriculture familiale ? Quelle est la place des activités rurales non agricoles ? Un certain exode rural n’est-il pas inévitable ?-Quelles sont les politiques nécessaires pour garantir la pérennisation d’une agriculture familiale viable, productive et dynamique?